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Toucher le Christ spirituellement
« Jésus lui dit : Cesse de me tenir, car je ne suis pas encore monté vers mon Père. » Ces paroles
contiennent une vérité que nous devons examiner avec beaucoup d'attention. Jésus enseigne la foi à
cette femme qui l'avait reconnu comme maître et lui avait donné ce titre. Le divin jardinier semait
une graine de sénevé dans le coeur de Marie-Madeleine, comme il l'aurait fait dans un jardin… Que
signifie donc : « Cesse de me toucher, car je ne suis pas encore monté vers mon Père » ?…
Par ces mots, Jésus a voulu que la foi qu'on a en lui, foi par laquelle on le touche spirituellement,
aille jusqu’à croire que lui et son Père sont un (Jn 10,30). Car celui qui progresse en lui jusqu’à
reconnaître qu’il est l’égal du Père monte en quelque sorte jusqu’au Père dans le secret de son âme.
Autrement, on ne touche pas le Christ comme il le veut, c'est-à-dire on n'a pas en lui la foi qu’il
demande.
Marie pouvait croire en lui tout en pensant qu’il n’était pas l’égal du Père, ce que lui défendent
ces paroles : « Cesse de me tenir. » C’est à dire : « Ne crois pas en moi dans l’esprit où tu es encore.
N'en reste pas à penser à ce que je me suis fait pour toi, sans aller jusqu'à penser à celui par
qui tu as été faite. » Comment pouvait-elle ne pas croire encore de façon tout humaine en celui
qu'elle pleurait comme un homme ? « Je ne suis pas encore monté vers mon Père. » « Tu me toucheras
quand tu croiras que je suis Dieu, et que je suis parfaitement égal au Père. »
Marie est revenue au tombeau, elle pleure. La joie de la résurrection est si proche d’elle, et elle ne
voit rien. La rencontre du ressuscité est à sa portée, mais elle reste aveuglée et accablée par ses
soucis.
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Pourtant le Seigneur est touché par son amour, il entend le cri de sa détresse. Il redouble d’attentions
envers elle : ce sont deux anges qui lui sont envoyés pour lui faire entendre la Bonne Nouvelle de la
résurrection. Passionnée, entêtée, Marie n’entend rien. Au point qu’elle se coupe du réel : « On a enlevé
le Seigneur mon Maître, et je ne sais pas où on l'a mis ». Rien ne semble pouvoir la rejoindre dans son
obstination à retrouver le corps disparu de Jésus.
Le doux reproche des anges n’ébranle pas sa déception. Cette rencontre se révèle assez décevante pour le
lecteur, presque saugrenue. Comment peut-on ne pas voir ces deux anges, placés bien en vue à l’endroit
du corps qu’elle cherche et dont elle scrute l’absence ? En préférant poursuivre obstinément ses propres
objectifs, en restant rivé sur sa propre interprétation de la portée réelle des événements. Pourtant
les anges, soulignant physiquement l’absence du corps, délimitaient l’espace de l’acte de foi. Mais
elle n’a pas su y entrer, Marie est resté dans la buée de ses larmes.
Dehors, elle rencontre quelqu’un qu’elle prend pour un jardinier. Elle est tellement égarée dans son monde
de douleur, qu’elle n’imagine pas une seconde que cet inconnu puisse ignorer son tracas : « dis-moi où tu
l’as mis ! » lance-t-elle sans voir qu’il pourrait être nécessaire d’expliquer de quoi elle parle…
A celle qui eut le courage et l’amour de le suivre jusqu’à sa mort, de s’occuper de sa dépouille, de le pleurer
avec une souffrance qui fit vaciller son âme, Jésus offre une nouvelle naissance. Il appelle Marie
Madeleine à quitter définitivement les rivages morbides du royaume de la mort et l’interpelle : « Marie ! ».
Marie se retourne. Ce retournement fait un redoublement avec le précédent (« elle se retourne et aperçoit
Jésus »), et montre le bouleversement intérieur qui s’opère à l’appel de son nom. Marie peut enfin
entendre le Maître qui lui ordonne de quitter les désirs violents qui la retiennent prisonnière de ses
larmes. Il l’invite à entrer enfin dans le dessein de Dieu : « Ne me retiens pas », le seul désir qui
doit l’habiter désormais est celui de faire la volonté du Père. La résurrection a tout changé désormais
, y compris les rapports que l’on peut entretenir avec Jésus. Elle doit renoncer à sa volonté de capturer
Dieu, de l’enfermer dans les bras de ses propres projets, pour accueillir de lui la mission qui la rendra
libre.
Puissions-nous entendre l’appel du Ressuscité à le rencontrer personnellement, à renoncer à tous nos désirs,
aussi violents ou justifiés qu’ils nous semblent, pour ne plus cultiver que le seul désir qui vaille :
faire la volonté de notre Père. Puissions-nous comprendre que les rapports qui doivent nous unir au
Ressuscité sont ceux d’un attachement radical qui n’a rien à voir avec ceux que nous connaissons
habituellement et qui naît à l’appel du Bon Berger appelant chacune de ses brebis par son nom pour se
faire reconnaître d’elles.
Alors nous prendrons enfin pied sur notre terre, nous assumerons entièrement
notre identité spirituelle, comme Marie Madeleine qui devint ce matin la première d’une longue chaîne de
témoins qui iront porter la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ jusqu’aux extrémités de la terre.
Frère Dominique, de la Famille de saint Joseph
Le Graal intérieur
Le Graal intérieur ;c'est l'union de la croix douleureuse et de la croix glorieuse
Par et dans l'Amour du Seigneur.
Cet union se fait "selon mon expérience personnel" en acceptant de boire à la coupe de douleur du Seigneur;
selon la volonté du Père et non la mienne.
Merci Seigneur de m'accorder une tel Grâce.
« Moi, la lumière, je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les
ténèbres »
Le Christ est « la lumière du monde » (Jn 8,12) et il éclaire l'Église de sa lumière.
Et comme la lune reçoit sa lumière du soleil afin d'éclairer elle aussi la nuit, ainsi l'Église,
recevant sa lumière du Christ, éclaire tous ceux qui se trouvent dans la nuit de l’ignorance...
C'est donc le Christ qui est « la vraie lumière qui illumine tout homme venant en ce monde »
(Jn 1,9), et l’Église, recevant sa lumière, devient elle-même lumière du monde, « illuminant
ceux qui marchent dans les ténèbres » (Rm 2,19), selon cette parole du Christ à ses disciples :
« Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14).
D'où il ressort que le Christ est la lumière des
apôtres, et les apôtres à leur tour la lumière du monde.
Origène (vers 185-253), prêtre et théologien
O Seigneur, de quel grand amour tu as aimé ta créature
« De toutes les villes, ils coururent et arrivèrent avant eux. En débarquant, Jésus vit une grande foule »
Le Seigneur m'a pardonné une multitude de péchés, et il m'a donné de connaître par le Saint Esprit
combien il aime les hommes. Le ciel tout entier s'émerveille de l'incarnation du Seigneur : comment lui,
le Seigneur suprême, est venu nous sauver, nous pécheurs, et nous a acquis le repos éternel par ses
souffrances. Mon âme ne veut penser à aucune réalité terrestre, mais elle est attirée là où est le
Seigneur. Douces au coeur sont les paroles du Seigneur quand l'Esprit Saint accorde à l'âme de les
comprendre.
Lorsque le Seigneur vivait sur terre, une grande foule le suivait ; quelques jours durant, ces hommes ne
pouvaient s'arracher de lui, mais oubliant les nourritures de la terre, ils étaient affamés d'entendre
ses douces paroles. L'âme aime le Seigneur, et tout ce qui l'empêche de penser à Dieu l'afflige. Et si,
déjà sur terre, l'âme goûte si fort la douceur de l'Esprit Saint, combien plus grande encore sera sa
joie là-haut !
O Seigneur, de quel grand amour tu as aimé ta créature ! Mon âme ne peut oublier ton regard paisible et
doux.
Saint Silouane (1866-1938), moine orthodoxe
« Que votre lumière brille devant les hommes »
Les chrétiens sont comme de la lumière pour les autres, pour tous les hommes du monde entier. Si nous
sommes chrétiens nous devons ressembler au Christ.
Si vous voulez l'apprendre, l'art de la prévenance vous fera ressembler de plus en plus au Christ, car
son coeur était humble et il était toujours attentif aux besoins des hommes. Une grande sainteté commence
par cette attention aux autres ; pour être belle, notre vocation doit être toute remplie de cette
attention. Là où Jésus a passé, il a fait du bien. Et la Vierge Marie à Cana n'a pensé qu'aux besoins
d'autrui et à les communiquer à Jésus.
Un chrétien est un tabernacle du Dieu vivant. Il m'a créée, il m'a choisie, il est venu habiter en moi,
parce qu'il avait besoin de moi. Maintenant que vous avez appris combien Dieu vous aime, quoi de plus
naturel pour vous que de passer le reste de votre vie à rayonner de cet amour ? Être vraiment chrétien,
c'est accueillir vraiment le Christ et devenir un autre Christ. C'est aimer comme nous sommes aimés,
comme le Christ nous a aimés sur la croix.
Bienheureuse Teresa de Calcutta (1910-1997), fondatrice des Soeurs Missionnaires de la Charité .
« Tous ceux qui le touchèrent étaient sauvés »
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La petitesse humaine a été assumée par la majesté de Dieu, notre faiblesse par sa force, l'assujettissement
à la mort par l'immortalité. Pour payer la dette de notre condition humaine, la nature immuable de Dieu
s'est unie à notre nature exposée à la souffrance. C'est ainsi que, pour mieux nous guérir, le seul
médiateur entre Dieu et les hommes, l'homme Jésus Christ (1Tm 2,5) devait, d'un côté, pouvoir mourir,
et de l'autre, ne pas pouvoir mourir.
Tout cela est d'un ordre nouveau : lui qui est invisible par lui-même est devenu visible en se faisant
l'un de nous ; lui qui dépasse toute limite a voulu être limité comme nous ; lui qui existait avant la
création du temps a commencé à exister dans le temps. Celui qui est le Seigneur de l'univers a adopté la
condition d'esclave (Ph 2,7) en plongeant dans l'ombre la grandeur infinie de sa majesté. Le Dieu
incapable de souffrir n'a pas dédaigné d'être un homme capable de souffrir, et lui qui est immortel, de
se soumettre aux lois de la mort. En effet, le même Christ qui est vrai Dieu est aussi vrai homme.
Saint Léon le Grand (? - vers 461), pape et docteur de l'Église
« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous »
Saint François affirmait : « Contre toutes les machinations et les ruses de l'ennemi, ma meilleure défense
c'est encore l'esprit de joie. Le diable n'est jamais si content que lorsqu'il a pu ravir à un serviteur
de Dieu la joie de son âme. Il a toujours une réserve de poussière qu'il souffle dans la conscience par
quelque soupirail, afin de rendre opaque ce qui est pur ; mais dans un coeur gonflé de joie, c'est en
vain qu'il essaie d'introduire son poison mortel.
Les démons ne peuvent rien contre un serviteur du
Christ qu'ils trouvent plein de sainte allégresse ; tandis qu'une âme chagrine, morose et déprimée se
laisse facilement submerger par la tristesse ou accaparer par de faux plaisirs. »
Voilà pourquoi lui-même s'efforçait de garder toujours le coeur joyeux, de conserver cette huile
d'allégresse dont son âme avait reçu l'onction (Ps 44,8). Il avait grand soin d'éviter la tristesse,
la pire des maladies, et quand il sentait qu'elle commençait à filtrer dans son âme, il avait aussitôt
recours à la prière. « Au premier trouble, disait-il, le serviteur de Dieu doit se lever, se mettre en
prière et demeurer face au Père tant que ce dernier ne lui aura pas fait retrouver la joie de celui qui
est sauvé » (Ps 50,14)...
De mes propres yeux, je l'ai parfois vu ramasser à terre un morceau de bois, le poser sur son bras
gauche et le racler d'une baguette tendue comme s'il promenait un archet sur la viole ; il mimait
ainsi l'accompagnement des louanges qu'il chantait au Seigneur en français.
Thomas de Celano (vers 1190-vers 1260), biographe de St François et de Ste Claire
« La maison fut remplie par l'odeur du parfum »
« L'arôme des tes parfums est exquis » lit-on dans le Cantique des Cantiques (1,3). J'en distingue
plusieurs espèces… Il y a le parfum de la contrition, et celui de la piété ; il y a aussi
celui de la compassion… Il y a donc un premier parfum que l'âme compose à son propre usage
lorsque, prise au filet de nombreuses fautes, elle commence à réfléchir sur son passé.
Elle rassemble alors dans le mortier de sa conscience, pour les agglomérer et les broyer,
les multiples péchés qu'elle a commis ; et dans la marmite de son coeur brûlant, elle les fait cuire
au feu de la pénitence et de la douleur… Tel est le parfum dont l'âme pécheresse doit
couvrir les débuts de sa conversion et oindre ses plaies récentes ; car le premier sacrifice
qu'il faut offrir à Dieu, c'est celui d'un coeur repentant.
Tant que l'âme, pauvre et misérable,
ne possède pas de quoi composer un onguent plus précieux, elle ne doit pas négliger de préparer
celui-là, même s'il se fait avec des matières bien viles. Dieu ne méprisera pas un coeur qui
s'humilie dans la contrition (Ps 50,19)…
Ce parfum invisible et spirituel ne pourra pas d'ailleurs nous sembler vulgaire, si nous comprenons
qu'il est symbolisé par le parfum que, selon l'Évangile, la pécheresse a répandu sur les pieds du
Seigneur. Nous lisons, en effet, que « toute la maison fut remplie de cette odeur »…
Souvenons-nous du parfum qui envahit toute l'Église par la conversion d'un seul pécheur ; tout
pénitent qui se repent devient pour une foule d'autres une odeur de vie qui les éveille à la vie.
L'arôme de la pénitence monte jusqu'aux demeures célestes puisque, selon l'Ecriture, « le repentir
d'un seul pécheur est une grande joie pour les anges de Dieu » (Lc 15,10).
Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église
Les bienfaits de la patience
« Comme des brebis au milieu des loups »
Salutaire est le précepte de Notre Seigneur et Maître : « Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. »
Il dit encore : « Si vous demeurez dans ma parole, vous serez mes vrais disciples, vous connaîtrez la vérité et la vérité vous
délivrera » (Jn 8,31). Il faut supporter et persévérer, frères bien aimés.
Ainsi, admis à l'espérance de la vérité et de la liberté,
nous pourrons parvenir à cette vérité et à cette liberté, car si nous sommes chrétiens, c’est l’oeuvre de la foi et de l’espérance.
Mais pour que l'espérance et la foi puissent porter leur fruit, la patience est nécessaire…
Qu'on ne travaille donc pas dans l'impatience, qu'on ne se laisse pas abattre sur le chemin du Royaume, distrait et vaincu par les
tentations. Ne pas jurer, ne pas maudire, ne pas réclamer ce qui nous est enlevé par la force, tendre l’autre joue, pardonner aux
frères tous leurs torts, aimer ses ennemis et prier pour ceux qui nous persécutent : comment arriver à faire tout cela si l'on n'est
pas ferme dans la patience et la tolérance ?
C’est ce que nous voyons chez Etienne… Il ne demande pas la vengeance, mais le pardon
pour ses meurtriers : « Seigneur, ne leur impute pas leur péché ! » (Ac 7,59) Ainsi le premier martyr du Christ…n’était pas
seulement le prédicateur de la passion du Seigneur, mais aussi l'imitateur de son extrême douceur. Quand notre coeur est habité par
la patience, il ne peut pas y avoir place pour la colère, la discorde et la rivalité.
La patience du Christ chasse tout cela, pour construire dans ce coeur une demeure pacifique où se plaît à habiter le Dieu de paix.
Saint Cyprien (vers 200-258), évêque de Carthage et martyr
Appuies s'il te plait 
Se prononcer pour le Christ devant les hommes
Chaque jour tu peux être témoin du Christ. Tu étais tenté par l'esprit d'impureté ; mais…tu as jugé qu'il ne fallait pas souiller la
chasteté de l'esprit et du corps : tu es martyr, c’est-à-dire témoin, du Christ… Tu étais tenté par l'esprit d'orgueil ; mais en
voyant le pauvre et l'indigent, tu as été saisi d'une tendre compassion, tu as préféré l'humilité à l'arrogance : tu es témoin du
Christ. Mieux que cela : tu n'as pas donné ton témoignage en parole seulement mais aussi en action.
Quel est le témoin le plus sûr ? « Celui qui confesse que le Seigneur Jésus est venu parmi nous dans la chair » (1Jn 4,2) et qui
observe les préceptes de l'Évangile… Combien y en a-t-il chaque jour, de ces martyrs cachés du Christ, qui confessent le Seigneur
Jésus ! L'apôtre Paul a connu ce martyre-là et le témoignage de foi rendu au Christ, lui qui a dit : « Notre sujet de fierté, c'est
le témoignage de notre conscience » (2Co 1,12). Car combien ont confessé la foi extérieurement mais l'ont niée intérieurement !… Sois
donc fidèle et courageux dans les persécutions intérieures pour triompher aussi dans les persécutions extérieures. Dans les
persécutions du dedans également, il y a « des rois et des gouverneurs », des juges au pouvoir redoutable. Tu en as un exemple dans
les tentations subies par le Seigneur (Mt 4,1s).
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